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CHAPITRES :

En passant du statut de chasseur-cueilleur à celui de cultivateur, l’Homme a pu assurer sa subsistance comme jamais au cours de son histoire. Un succès dû en grande partie à la mise au point, au fil des millénaires, d'innombrables nouvelles variétés adaptées aux conditions de cultures les plus diverses.

À la fin de la dernière ère glaciaire, au Néolithique, voici 12 000 à 13000 ans, l’Homme a fait une découverte qui allait, littéralement, changer la face du monde : l’agriculture. Née dans le Croissant fertile, entre le désert syrien et les contreforts des montagnes d’Anatolie, cette révolution néolithique s’est répandue comme une trainée de poudre dans les sociétés humaines, leur permettant de croître et de prospérer. Écriture, sciences et techniques, art, commerce, nations… Toutes ces innovations découlent, plus ou moins directement, de la maîtrise de l’agriculture.

Dans les premiers temps, les plantes utilisées (principalement les ancêtres du blé et des lentilles), qui avaient été récupérées dans le milieu naturel, étaient très proches des espèces sauvages. Puis, peu à peu, les agriculteurs les ont modifiées, créant des variétés qui n’existaient pas jusque-là dans la nature. Cette domestication a peut-être initialement été involontaire. Dans le cas du blé, par exemple, les grains des espèces sauvages ont tendance à se détacher spontanément de l’épi, ce qui complique la récolte, dont une grande partie finit sur le sol… Pour éviter cela, les premiers cultivateurs ont probablement inconsciemment sélectionné les plantes dont les grains restaient le mieux en place. Au fil des générations, ce caractère s'est fixé dans les formes domestiquées, qui ont été préférentiellement utilisées.

Ce mécanisme, qui s’est reproduit pour d’autres plantes et d’autres caractères, a aussi concerné les animaux. Il a donné naissance à des milliers de variétés domestiques, qui composent la partie de la biodiversité appelée agrobiodiversité. Mais cette dernière ne se limite pas aux végétaux cultivés et aux animaux d’élevage. Les espèces domestiques interagissent en effet avec de nombreuses espèces sauvages, dont elles dépendent parfois, et sur lesquelles elles exercent aussi une forme de sélection. Pollinisateurs, bactéries et champignons du sol, vers de terre… L’agrobiodiversité est en réalité un théâtre fréquenté par une multitude d’acteurs plus ou moins célèbres.

Angkor agriculture histoire
Lionel Cavicchioli - CIRAD